Richard trie avec intelligence ce qui se révèle de manière plus pertinente par la photo et ce qui doit être dessiné. Ainsi la girafe est bien plus rare dessinée qu’elle ne l’aurait été en photo, de même la sinistre évocation de la guillotine, ou le portrait du général De Gaulle.
La photo renvoie plus directement à la réalité, aux choses que chaque lecteur peut identifier depuis sa propre existence, alors que le dessin impose davantage le parti pris, la prise de position. La photo génère de la poésie, de la légèreté et du joli. Le dessin amortit le choc des sujets plus brutaux, plus communs ou plus austères. Les choix de Richard en ce sens sont pertinents et directs. Il ne tourne pas autour du pot et représente frontalement par l’image le mot qu’il a choisi. Ses compositions ne laissent rien au hasard, sans doute son habitude narrative d’auteur de BD. Graphiquement, l’ambiance générale des illustrations de son imagier est résolument moderne, synthétique, les couleurs sont franches, sans nuances. Richard Guérineau place la subtilité en soutien, en amont de la forme qui sert son efficacité narrative. Avec ce tout premier exercice d’illustration jeunesse, Richard prouve qu’il sait bel et bien raconter par l’image.



