L'ABéCéDaire - Editions L'Édune


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Thierry Murat



L’aspect pédagogique

Traditionnellement, et ce dès le XVe siècle, l’abécédaire était chargé de transmettre les rudiments d’enseignement d’écriture et de lecture. Chaque lettre était présentée dans l’ordre de l’alphabet, associée à des mots et à des images de mots dans lesquels elle apparaissait, le plus souvent à l’initiale. On apprenait ainsi à reconnaître les lettres en discriminant des formes pertinentes, à les nommer en recourant éventuellement à la comptine apprise par cœur (A-B-C-D… Z), à les retrouver dans des mots en les associant à leur valeur sonore. Si les abécédaires ne donnaient pas vraiment un sens opératoire aux lettres, leur fréquentation installait le lecteur dans la familiarité de leur représentation.

Si les abécédaires ne sont plus des manuels scolaires, ils n’en demeurent pas moins des ouvrages dont la force symbolique perdure si l’on en croit leur profusion actuelle et leur fort impact auprès des enfants. Se pencher sur les abécédaires c’est voir à quel point les auteurs et illustrateurs font preuve d’inventivité pour figurer la comptine des lettres. Paradoxalement, la lettre a été inventée pour échapper à la représentation du réel et les artistes s’appliquent à imaginer des lettres figuratives pour le bonheur de nos yeux !

Qu’est-ce qui donc fait l’originalité de l’abécédaire proposé par les éditions L’Édune ?

Un choix étonnant car sans doute devrais-je dire « les » abécédaires puisqu’il s’agit d’une collection, chaque album étant réservé à une ou deux lettres dont des illustrateurs différents se sont saisis… pour le lecteur il faudra apprendre à attendre, attendre la suite ou attendre « sa » lettre, puisque les ouvrages sortiront sur des temps différés… Va-t-on ouvrir les librairies à minuit ?

Mais ce qui m’a le plus intéressé c’est que l’on s’attend à ce qu’un abécédaire donne toute sa place à la lettre et là… il n’en est rien ! Certes, la lettre occupe une place royale en couverture puisqu’elle constitue le titre même de l’album mais dans le livre, point de lettre ni écrite, ni figurée, ni transfigurée… la retrouver, un vrai défi pour le lecteur… et les défis les enfants adorent ça ! Le lecteur va devoir observer chaque image et découvrir quel mot peut bien se cacher derrière. Serait-ce homard ou écrevisse ? Un indice ? On est dans l’album des « E »… alors… ? Si le mot existe dans la mémoire orthographique de l’enfant pas de problème, sinon… ? Pas d’inquiétude, il peut se précipiter sur la dernière page du livre pour lever ses doutes ou pour vérifier car les mots sont là qui l’attendent sagement listés. Parfois la recherche sera facilitée parce que la lettre à l’initiale « s’entend » de façon non ambiguë (B- [b], D- [d], F- [f]…) mais ça se compliquera quand on ne reconnaîtra pas le son que produit la lettre quand elle existe seule (A- [a], mais AN, AI, AU…) ou quand on sera face à une lettre qui peut se prononcer différemment (C- [k] ou [s]…). Défi disais-je !
Mais ce serait faire injure aux illustrateurs que de ne pas pointer ce qui se déguste dans cet abécédaire que ce soit du côté des partis pris de chacun, de la richesse des techniques mobilisées, des images qui se répondent, se provoquent ou semblent s’ignorer… autant d’investigations à faire, d’interprétations à proposer… beaucoup de mystère… et les mystères les enfants adorent ça !

Alors que l’on soit parent ou enseignant, nul doute qu’on aura envie d’accompagner les enfants dans leur parcours.

Christine Razet
Conseillère pédagogique